On parle souvent du microbiote intestinal comme d’un “organe” discret, mais il ressemble surtout à un atelier chimique vivant, capable de transformer ce que nous mangeons en molécules actives pour notre santé.
Une équipe internationale, menée depuis l’UCLouvain, s’est intéressée à un membre longtemps resté dans l’ombre parce qu’il est difficile à cultiver et à étudier. Et ce qu’ils ont mis en évidence ouvre une nouvelle manière de comprendre le lien entre alimentation, intestin et métabolisme.
Les chercheurs décrivent une fonction métabolique inédite chez Dysosmobacter welbionis, une bactérie fréquente dans l’intestin humain. Elle peut convertir le myo-inositol, un nutriment naturellement présent dans des aliments comme les fruits, les céréales complètes, les noix et les légumineuses, en butyrate. Or le butyrate est une molécule d’intérêt majeur pour le bon fonctionnement intestinal et métabolique, et il est souvent retrouvé en quantité réduite dans diverses maladies inflammatoires, métaboliques ou intestinales, ainsi que dans certains cancers. Jusqu’ici, on considérait surtout que le butyrate provenait de la fermentation des fibres alimentaires par le microbiote.
L’intérêt de cette découverte est précisément d’ajouter une voie alternative au scénario classique : le myo-inositol pourrait alimenter une production de butyrate via une bactérie spécifique du microbiote humain, par un chemin enzymatique décrit comme entièrement nouveau et absent des autres bactéries étudiées à ce jour. Les travaux, publiés dans Gut, s’appuient sur l’analyse de plusieurs milliers d’échantillons issus de grandes cohortes humaines, et montrent que D. welbionis est généralement plus fréquente chez des individus en bonne santé et moins abondante chez des personnes souffrant de maladies hépatiques, comme le foie gras. Dans une cohorte d’environ 700 personnes présentant une maladie inflammatoire du foie, une présence plus élevée de cette bactérie était associée à des marqueurs hépatiques plus favorables, ce qui suggère un lien potentiel avec la santé métabolique et du foie.
Pour aller plus loin, les chercheurs ont aussi isolé 19 nouvelles souches humaines de D. welbionis grâce à une méthode de tri cellulaire anaérobie, et toutes possédaient la capacité de conversion du myo-inositol en butyrate, suggérant que cette fonction est conservée dans l’espèce.
Enfin, des résultats précliniques rapportent que, chez des souris soumises à un régime riche en graisses et supplémentées en D. welbionis, on observe une amélioration du contrôle de la glycémie et une réduction de la graisse hépatique dans des modèles d’obésité et de diabète. A l’heure actuelle, aucune étude clinique n’a déjà évalué une supplémentation chez l’humain.
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L’équipe de rédaction Tempo Today