Dans certains tableaux exceptionnellement rares d’« abdomen aigu » compliqué de sepsis, l’étiologie peut dérouter jusqu’aux cliniciens les plus aguerris. De nombreuses observations ont été décrites ces dernières années, où un corps étranger vivant, introduit par voie rectale, a entraîné des lésions intestinales majeures. Des cas qui rappellent bien souvent que, en l’absence d’un récit fiable, le diagnostic peut être retardé, avec un impact potentiellement décisif sur le pronostic.
Le cas rapporté ici concerne un jeune adulte de 25 ans admis aux urgences après plusieurs jours de douleurs abdominales, associés à une fièvre élevée, une perte de connaissance et des signes de choc. L’examen clinique met en évidence un abdomen très douloureux et contracturé, tandis que le toucher rectal ne révèle aucune anomalie. L’imagerie, en revanche, objectivait une image radio-opaque atypique, ainsi qu’un signe évocateur de perforation digestive. Une chirurgie en urgence confirmait une péritonite, avec pus et débris intestinaux, et retrouvait une large perforation recto-sigmoïdienne. Surtout, l’exploration montrait une anguille en état de putréfaction dans la cavité péritonéale, associée à des fragments d’arêtes disséminés. Malgré un lavage abondant, une dérivation du transit par stomie et une prise en charge en soins intensifs, l’évolution s’est avérée défavorable, et le patient est rapidement décédé.
Ces observations illustrent la dangerosité particulière d’un corps étranger vivant. Une anguille peut progresser activement, se contorsionner et exercer des contraintes répétées susceptibles de fragiliser les tissus. Ses morsures peuvent en outre provoquer des lésions irrégulières, favorisant nécrose et perforation. À cette agressivité mécanique s’ajoute un risque infectieux : certaines espèces hébergent des micro-organismes pouvant aggraver les infections intra-abdominales.
Dans ces situations, l’un des principaux obstacles reste l’absence d’explications, parfois liée à une réticence à rapporter l’événement. La prise en charge de référence repose sur une laparotomie exploratrice afin d’extraire le corps étranger et de traiter les lésions, associée à une antibiothérapie à large spectre et à une surveillance postopératoire étroite. Les cas décrits dans la littérature, majoritairement rapportés chez des hommes en Asie, suggèrent qu’une intervention très précoce peut permettre une survie, notamment lorsque l’anamnèse finit par être clarifiée, qu’il s’agisse d’une pratique « traditionnelle » visant la constipation ou, plus rarement, d’un accident.
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L’équipe de rédaction Tempo Today