Les kératoses actiniques (KA) comptent parmi les lésions cutanées les plus fréquentes en médecine générale. Pourtant, leur risque individuel d’évoluer vers un carcinome épidermoïde cutané reste très faible. Un article récent de JAMA Internal Medicine plaide pour qu’au lieu de traiter systématiquement chaque lésion, on envisage plus souvent une surveillance active.
Ces lésions dites « précancéreuses » sont nombreuses, parfois multiples, et leur histoire naturelle est souvent bénigne : beaucoup restent stables, d’autres régressent spontanément, et seule une minorité progresse vers un cancer invasif, lui-même rarement métastatique. À l’inverse, les traitements habituels (cryothérapie, crèmes topiques, autres techniques destructrices) entraînent rougeur, douleur, croûtes, troubles pigmentaires ou petites cicatrices, sans garantie de bénéfice durable, les récidives étant fréquentes. À l’échelle des systèmes de santé, la somme des consultations, gestes techniques et prescriptions pèse lourd, pour des lésions dont la plupart n’auraient probablement jamais posé problème.
Les auteurs suggèrent d’appliquer aux KA une logique déjà bien ancrée pour certains cancers à bas risque, comme le cancer de la prostate localisé : la surveillance active. En pratique, cela pourrait concerner des adultes immunocompétents, sans antécédent de cancer cutané, présentant un nombre limité de KA peu gênantes, situées hors zones sensibles (lèvres, paupières). Le médecin généraliste intègre alors l’examen des lésions au suivi régulier, avec des critères simples pour décider d’un traitement ou d’une référence en dermatologie (croissance rapide, douleur, ulcération, saignement).
Faute d’essais randomisés réalistes dans une affection à si faible potentiel évolutif, les auteurs appellent surtout à documenter ces pratiques de manière pragmatique. L’enjeu est clair : réduire les soins à faible valeur ajoutée, concentrer les ressources sur les patients les plus à risque et rassurer les autres, sans surtraiter des lésions dont la biologie est le plus souvent indolente.
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L’équipe de rédaction Tempo Today