Les médecins libéraux français annoncent une mobilisation d’ampleur du 5 au 15 janvier 2026, avec fermeture de cabinets en ville et participation des cliniques privées (chirurgiens, anesthésistes, gynécologues-obstétriciens). En ligne de mire : plusieurs mesures de la Loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS / PLFSS 2026) jugées à la fois budgétaires, technocratiques et attentatoires à la liberté professionnelle.
Au cœur de la colère, on retrouve :
- L’encadrement renforcé des arrêts de travail, avec plafonnement plus strict de la durée des certificats initiaux et des renouvellements, perçu comme une mise sous tutelle de la clinique au profit d’objectifs d’économies.
- Le projet de sanctions administratives pour le Dossier Médical Partagé (DMP), intégré à « Mon espace santé » : jusqu’à 2 500 € par manquement, dans la limite de 10 000 € par an et par médecin, pour non-alimentation ou non-consultation du DMP avant certains actes. Cette disposition a finalement été censurée par le Conseil constitutionnel fin décembre (comme « cavalier social »), mais la profession craint qu’elle revienne dans un autre texte.
- Le déremboursement programmé des prescriptions des médecins « hors convention » (secteur 3) : à partir du 1er janvier 2027, les médicaments, actes et prestations prescrits par ces praticiens ne seront plus remboursés par l’Assurance maladie, sauf exceptions pour eux-mêmes et leurs proches. Pour les syndicats, cette mesure frappe d’abord les patients et verrouille de facto l’accès à l’exercice non conventionné.
En toile de fond, les médecins dénoncent un PLFSS construit autour d’objectifs massifs d’économies sur la santé, malgré un discours officiel sur la prévention et l’accès aux soins. L’ONDAM est relevé, mais reste en deçà de la hausse « naturelle » des dépenses, et plusieurs dispositifs (forfaits, structure, rémunérations sur objectifs) sont revus de manière défavorable, notamment pour les libéraux.
Comment lire ce conflit depuis la Belgique ?
Face à cette problématique, il faut garder en tête quelques spécificités très françaises :
- La convention médicale française organise différents « secteurs » d’exercice (1, 2, 3). Les secteurs 1 et 2 sont conventionnés, le secteur 3 est totalement hors cadre, un peu l’équivalent de médecins non conventionnés en Belgique, mais avec un poids politique très symbolique.
- Le DMP / Mon espace santé peut se comparer, dans l’esprit, au dossier médical global (DMG) et aux outils eHealth, mais avec une obligation d’alimentation assortie de pénalités financières, ce qui n’existe pas (encore) dans les mêmes termes en Belgique.
Du côté belge, les accords INAMI 2026-2027 insistent également sur la soutenabilité financière et l’accessibilité des soins, avec de nouvelles conventions et revalorisations ciblées négociées entre mutualités et prestataires. Mais, des deux côtés de la frontière, une même ligne de fracture apparaît : on demande toujours plus aux médecins (indicateurs, rapports, outils numériques, encadrement des prescriptions et des arrêts de travail), tout en renforçant les mécanismes de contrôle. La question, pour la profession, est de savoir jusqu’où cette régulation peut aller sans décourager l’installation, aggraver le burn-out ni éroder le cœur même de la médecine libérale : une relation de confiance, fondée sur le jugement clinique et le temps passé avec le patient.
Pour les médecins français, la grève de janvier est autant un bras de fer tarifaire qu’un signal politique : ils refusent que les leviers de maîtrise des coûts passent par des sanctions individuelles et des limitations normatives, là où ils réclament une vraie discussion sur les moyens, la démographie médicale et la simplification des outils numériques.
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L’équipe de rédaction Tempo Today